Le tirage est l’aboutissement de l’acte photographique. Si le capteur capture des données et l’écran affiche des pixels, seul le papier confère à l’image une existence physique, une texture et une pérennité. Choisir son support papier, c’est maîtriser une équation complexe où s’entremêlent la chimie des polymères, la physique des fibres végétales et les lois de l’optique.


Nous traitons dans ce guide uniquement les papiers photo pour jet d'encre.


Ce guide est présenté en 8 parties



I. La Fabrication et le Substrat


1. La Fabrication sur Forme Ronde

La fabrication sur forme ronde est le sommet de l’art papetier industriel. C'est un procédé qui se situe à mi-chemin entre la fabrication artisanale à la main (avec un tamis) et la fabrication industrielle moderne sur table plate. La fabrication industrielle se fait sur une machine Fourdrinier qui produit du papier grâce à une bande continue qui reçoit le mélange de pâte et d'eau et permet à l'excès d'eau de s'écouler, en formant ainsi une feuille continue qui sera ensuite soumise au processus de séchage par aspiration, pression et chaleur. Les rouleaux lissent ensuite le papier et produisent la feuille finale. Fait historique, la première machine Fourdrinier installée en France remonte à 1882. Elle à été installée à Annonay chez Canson...

La fabrication du papier sur forme ronde est un procédé très traditionnel, le plus proche du fait main (mais sans ses inconvénients - défauts, irrégularités, …) et dont le principe est resté inchangé depuis sa création au début du XIX ième Siècle.

C’est cette technique qui donne aux papiers de prestige, comme ceux de Canson Arches ou les papiers Hahnemühle avec des bords frangés, leurs propriétés mécaniques et esthétiques uniques. Elle présente 2 avantages :


  • Répartition des fibres : Les fibres se déposent de manière aléatoire, sans sens privilégié. Cela confère au papier une stabilité dimensionnelle absolue : il ne tuile pas (ne s'enroule pas) sous l'effet de la charge d'encre.
  • Esthétique : Ce procédé permet la création de bords frangés naturels, recherchés pour l'encadrement flottant.

Cliquez pour plus de détails sur la fabrication sur Forme Ronde

Contrairement à une machine standard où la pâte à papier est projetée à grande vitesse sur un tapis roulant, la machine à forme ronde utilise un cylindre rotatif (la forme) partiellement immergé dans une cuve de pâte.

1. La formation de la feuille

Le cylindre est recouvert d'une toile métallique très fine. En tournant lentement dans la cuve l'eau traverse la toile, les fibres de coton (ou de cellulose) sont aspirées et se déposent naturellement à la surface du cylindre. L'accumulation se fait de manière aléatoire et multidirectionnelle, contrairement à la machine à table plate où les fibres ont tendance à s'aligner dans le sens de la marche.

2. Le pressage et le feutre

Une fois que la "couche" de fibres est formée sur le cylindre, elle est récupérée par un feutre de laine naturelle. Ce feutre n'est pas qu'un simple convoyeur : sa texture va marquer le papier encore humide, créant ce qu'on appelle le grain (grain fin, grain torchon, etc.) et la texture du papier.


La fabrication sur forme ronde est privilégiée pour le Fine Art pour trois raisons majeures :

  • L'isotropie (Stabilité multidirectionnelle) : Comme les fibres se déposent de façon aléatoire, le papier est presque aussi solide dans un sens que dans l'autre. Lorsqu'il est mouillé (encres pigmentaires), il se dilate de manière homogène, limitant le gondolement.
  • Les bords frangés : C'est la seule machine capable de produire des feuilles avec de véritables bords à la cuve (bords amincis et irréguliers), très recherchés pour les tirages d'exception.
  • La "Main" et la texture : Le séchage et le pressage lent permettent d'obtenir des textures beaucoup plus profondes et naturelles, impossibles à reproduire sur des machines à haute vitesse.

2. Alpha-Cellulose vs Coton (Rag)

Si les deux peuvent produire des images sublimes, leurs structures moléculaires et leurs comportements dans le temps diffèrent radicalement.

1. L'Alpha-Cellulose : La haute technologie du bois

L'alpha-cellulose n'est pas du papier "standard" fait de pâte de bois brute. C'est une fibre de bois ultra-purifiée.

Avantages :
  • La fabrication : On traite chimiquement la pulpe de bois pour en extraire la lignine. La lignine est le "ciment" naturel des arbres, mais c'est elle qui est responsable du jaunissement et de l'acidification du papier lorsqu'il est exposé à la lumière.
  • Pureté : Pour être qualifié d'alpha, le papier doit contenir plus de 88% de cellulose pure. Les papiers Fine Art en alpha-cellulose (comme le Canson Baryta ou le Hahnemühle Photo Glossy) sont donc chimiquement stables.
Les caractéristiques :
  • Rigidité : À grammage égal, la fibre de bois est souvent plus rigide et "nerveuse" que le coton.
  • Réactivité : Elle permet des couchages microporeux très performants, offrant un excellent piqué (netteté).
  • Coût : Plus économique à produire, elle offre le meilleur rapport qualité/prix pour des tirages d'exposition.

2. Le Coton (Rag) : La noblesse absolue

Le coton est la fibre textile par excellence, utilisée pour le papier depuis l'invention de l'imprimerie.

Avantages :
  • La structure : Contrairement au bois, le coton est naturellement pur. Il ne contient pratiquement pas de lignine à l'état brut. Sa structure moléculaire est beaucoup plus longue et complexe que celle de la cellulose de bois.
  • La pérennité : C'est la fibre de référence pour l'archivage (norme ISO 9706). Un papier 100% coton est virtuellement inaltérable s'il est conservé dans de bonnes conditions.
Les caractéristiques :
  • Souplesse et "Main" : Le coton offre une main plus "grasse" et moelleuse. Le papier semble moins "plastique" et plus organique au toucher.
  • Absorption : Le coton boit l'encre de manière plus homogène, ce qui produit ces dégradés célèbres pour leur douceur sur les papiers mats.
  • Éco-responsabilité : Souvent perçu comme plus écologique, car il s'agit d'un sous-produit de l'industrie textile.

3. Comparaison technique pour l'impression

CritèreAlpha-CelluloseCoton (Rag)
OrigineBois purifié (sans lignine)Fibres de graines de coton
LongévitéTrès élevée (80-100 ans)Maximale (100-200 ans+)
ToucherSec, rigide, lisseSouple, velouté, profond
Stabilité PHTraité chimiquement pour être neutreNaturellement neutre
Utilisation TypeTirages brillants, barytés, reportageTirages mats, Fine Art, Musées

4. Lequel choisir ?

Choisissez l'Alpha-Cellulose si : Vous imprimez principalement en brillant ou satiné, que vous recherchez une netteté chirurgicale et que vous voulez maîtriser vos coûts tout en restant sur une qualité professionnelle.

Choisissez le Coton si : Vous vendez des tirages numérotés, que vous exposez en galerie, ou que vous recherchez une dimension tactile dans le support. Le coton est indispensable pour le rendu "mat velouté".

3. Le Papier RC (Resin Coated) : L'Héritage Industriel

Le papier RC est le descendant direct du papier argentique moderne. La particularité du papier RC réside dans son noyau. Il ne s'agit pas d'une simple feuille de papier, mais d'une base de cellulose emprisonnée entre deux couches de polyéthylène (plastique).

Avantages :

Le succès du RC repose sur son efficacité redoutable, surtout pour les flux de production importants :

  • Séchage instantané : Comme l'encre ne pénètre pas dans le papier mais reste figée dans la résine de surface, le tirage est sec dès qu'il sort de l'imprimante.
  • Stabilité parfaite : Le papier RC ne gondole jamais, même avec une charge d'encre massive. Il reste parfaitement plat.
  • Résistance mécanique : Il est beaucoup moins fragile que le Fine Art. Il résiste mieux aux manipulations, aux rayures et aux traces de doigts (surtout en finition Lustrée ou Satinée).
  • Économie : C'est le support le moins coûteux, idéal pour les épreuves de lecture, les tirages scolaires ou les books de présentation.

Inconvénients :

  • Le toucher "Plastique" : Pour un collectionneur, le RC manque de noblesse. On n'a pas la sensation de la fibre ou de la matière.
  • Longévité limitée : Bien que très stable, la couche de polyéthylène peut, après plusieurs décennies (30-50 ans), finir par se craqueler ou se décoller de la base papier. On ne parle pas ici de conservation séculaire comme pour le Coton.
  • Effet de "Bronzing" : Sur certains papiers RC brillants, les pigments noirs peuvent créer un reflet métallique (aspect "essence sur l'eau") selon l'angle de vue.
  • Ecologie : Comme nous l'avons vu le RC est une base de cellulose emprisonnée entre 2 couches de polyéthylène - qui est un plastique - ce plastique n'est donc pas recyclable.

4. Fibres Environnementales et Innovantes

La recherche de durabilité a poussé les fabricants (comme Hahnemühle avec sa gamme Natural Line) à utiliser des ressources à croissance rapide.

  • Le Bambou : Composé à 90% de fibres de bambou et 10% de coton, ce papier offre un blanc chaud naturel. Sa texture est très douce, idéale pour les portraits et les images aux tons chauds.
  • Le Chanvre (Hemp) : Utilisé depuis des millénaires pour la solidité de ses fibres, le chanvre donne un papier très résistant avec une texture de surface granuleuse unique. Il nécessite peu d'eau pour sa culture, en faisant un choix écologique de premier ordre.
  • L'Agave : Offre une surface très texturée et une blancheur naturelle sans azurants. Sa fibre est extrêmement robuste, ce qui confère au papier une "main" exceptionnelle.
  • La Canne à Sucre : Surface très texturée et une blancheur naturelle sans azurants. Sans acide et sans lignine, Hahnemühle Sugar Cane répond aux exigences les plus élevées en matière de conservation.

5. Cas particulier : La manufacture Awagami

Le Japon possède une tradition millénaire du papier (Washi). La marque Awagami a réussi l'exploit d'adapter ces papiers ancestraux au jet d'encre pigmentaire.

Les papiers Awagami Inkjet Paper (AIJP) sont une prouesse technique : ils conservent l'âme du Washi artisanal tout en recevant un traitement de surface (couchage) spécifique qui empêche l'encre pigmentaire de "baver" dans les fibres. Cela permet d'obtenir une netteté d'image incroyable sur des supports parfois extrêmement fins.

Voici, classées par leur fibre dominante, les références majeures de la gamme AIJP.


1. La gamme KOZO (Mûrier) : L'équilibre parfait

C'est le cœur de la gamme AIJP. Le Kozo est apprécié pour ses fibres longues qui s'entrelacent, créant un papier solide malgré sa légèreté.

  • Kozo Thin (70g) & Thick (110g) : * Le rendu : Un aspect fibreux classique, très résistant. En version "Thin", il offre une translucidité superbe pour des jeux de lumière.
    Utilisation : Photographie de paysage, architecture, ou tirages destinés à être suspendus (sans cadre).
  • Premio Kozo (180g) : * Le rendu : C’est un papier "double couche". Deux feuilles de Kozo sont laminées ensemble pour offrir l'épaisseur d'un papier Fine Art occidental tout en gardant la face Washi.
    Utilisation : Idéal si vous craignez que votre imprimante ne froisse les papiers fins. Excellent pour les expositions prestigieuses.

2. La gamme BIZAN : Le prestige du "Fait Main"

Le Bizan est le sommet de la collection AIJP. Contrairement aux autres qui sont faits sur machine de type "forme ronde", le Bizan est entièrement fabriqué à la main, feuille à feuille.

  • Caractéristiques : Il possède quatre bords frangés naturels. Il est très épais (disponible en 200g et surtout en 300g), ce qui lui donne une rigidité de carton d'art.
  • Le rendu : Une texture organique unique. Chaque feuille est une pièce d'art avant même d'être imprimée.
  • Utilisation : Tirages de collection limités, portfolios de luxe. Il se présente mieux "flottant" dans un cadre pour montrer ses bords déchirés.

3. La gamme BAMBOO : L'alternative écologique

Le bambou est une fibre dense et soyeuse qui offre une surface beaucoup plus lisse que le Kozo.

  • Le rendu : Un toucher très doux, presque poudré. C'est un papier très mat qui absorbe magnifiquement les noirs.
  • Avantages : Très stable, il ne présente pas les fibres apparentes du Kozo, ce qui convient mieux aux images avec de grands aplats de couleurs.
  • Utilisation : Illustrations, portraits, photographie documentaire.

4. La gamme MITSUMATA : L'élégance classique

Le Mitsumata est utilisé dans la gamme AIJP pour sa couleur naturellement chaude et son éclat subtil.

  • Le rendu : Plus raffiné et moins "rustique" que le Kozo. Sa teinte est d'un blanc cassé très élégant qui flatte les tons chair.
  • Utilisation : Portraits haut de gamme, reproductions d'œuvres anciennes, photographies de mode au style intemporel.

Synthèse technique pour l'utilisateur Expert

TypePoids (g/m²)OpacitéTextureParticularité
Kozo Thin70gTranslucideFibreusePeut être utilisé en rétro-éclairage
Kozo Thick110gSemi-opaqueFibreuseLe standard polyvalent
Premio Kozo180gOpaqueFibreuseDouble couche pour plus de tenue
Bamboo170gOpaqueLisse / Veloutée70% Bambou / 30% Recyclé
Bizan200g/300gTotaleTrès texturéeBords frangés faits main


II. La Science du Couchage (Coating)

Le papier brut ne peut pas recevoir d'encre pigmentaire directement sans que celle-ci ne fuse. Le couchage est la couche technologique appliquée sur le substrat.
Le couchage (ou coating) est la couche technologique invisible déposée à la surface du papier. Sans elle, l'encre pigmentaire s'étalerait dans les fibres comme sur un buvard, rendant l'image floue et terne.

En impression jet d'encre Fine Art, on distingue principalement deux grandes familles de couchages, chacune ayant un impact radical sur le rendu final.


1. Le Couchage Microporeux (Papiers Brillants, Satinés, Barytés)

C'est la technologie la plus complexe. La surface est composée de milliards de micro-particules de silice ou d'alumine qui créent des "trous" microscopiques.
Fonctionnement : Lorsque la goutte d'encre frappe le papier, le solvant (l'eau) est aspiré instantanément par capillarité dans les pores, tandis que les pigments restent piégés à la surface.

Les avantages :

  • Séchage instantané : Le tirage est sec au toucher dès sa sortie de l'imprimante.
  • DMax élevé : Offre les noirs les plus profonds du marché et une saturation éclatante.
  • Résistance à l'eau : Une fois sec, le couchage est très stable face à l'humidité ambiante.
  • Utilisation : Tous les papiers à base de résine (RC) et les célèbres papiers Barytés.
  • Point de vigilance : Ces papiers sont sensibles au "gaz fading" (pollution atmosphérique) s'ils ne sont pas encadrés sous verre rapidement.

2. Le Couchage Mat "Matte Coating" (Papiers Mats, Fine Art Smooth ou Texturés)

Ici, on n'utilise pas de structure poreuse rigide, mais une couche de polymères et de minéraux qui reçoivent l'encre.
Fonctionnement : L'encre pénètre légèrement plus profondément dans la couche de couchage. La lumière est diffusée dans toutes les directions, ce qui élimine les reflets.

Les avantages :

  • Absence totale de reflets : Idéal pour une lecture de l'image sous n'importe quel angle.
  • Toucher organique : On sent la texture de la fibre (coton, bambou, kozo) sous le couchage.
  • Stabilité : Très peu sensible au bronzing (reflets métalliques sur les noirs).

Les inconvénients :

  • Fragilité : La surface est sensible aux rayures (on peut "marquer" le papier avec l'ongle).
  • DMax réduit : Les noirs paraissent toujours un peu plus gris que sur un papier brillant.
  • Utilisation : Papiers 100% Coton (Rag), papiers Washi (Awagami), et papiers mats cellulosiques.

3. Le cas particulier : La structure multicouche d'un Baryté

Contrairement à un papier standard, le couchage d'un baryté se décompose en trois strates technologiques distinctes :

1. La base (Le support)

Généralement composée de fibres d'alpha-cellulose ou de coton (comme le Canson Platine Fibre Rag). C'est le squelette du papier, qui lui donne son grammage (souvent 310g).

2. La couche de Baryte

C'est ici que réside le secret. On applique une couche de sulfate de baryum (un minéral blanc et dense).
Son rôle : Elle agit comme un réflecteur de lumière. Au lieu que la lumière soit absorbée par les fibres, elle rebondit sur le sulfate de baryum.
L'effet visuel : Cela donne une clarté exceptionnelle aux blancs et une sensation de relief (micro-contraste) que l'on ne retrouve sur aucun autre support. C'est aussi cette couche qui donne au papier son odeur caractéristique et son toucher "crissant".

3. La couche réceptrice d'encre (Couchage Microporeux)

Par-dessus la baryte, on dépose un couchage microporeux translucide.
Technologie : Composée de micro-cristaux de silice, elle "aspire" le solvant de l'encre et fige les pigments à la surface.
Neutralité : Cette couche doit être parfaitement transparente pour laisser briller la couche de baryte située juste en dessous.


Les caractéristiques uniques du rendu Baryté

  • Le Dmax (Profondeur des noirs) : Grâce au sulfate de baryum, les pigments noirs ne s'enfoncent pas dans les fibres. Le Dmax (densité maximale) atteint des sommets, souvent supérieurs à 2.4 ou 2.6. Les noirs sont profonds, denses, et conservent du détail dans les ombres (les "noirs bouchés" sont plus rares).
  • L'absence d'azurants optiques (OBA-Free) : La plupart des papiers barytés haut de gamme n'utilisent pas d'azurants chimiques pour paraître blancs. C’est le sulfate de baryum lui-même qui apporte cette blancheur naturelle.
    Avantage : Le tirage ne jaunira pas après 10 ans et la colorimétrie restera stable sous différents types d'éclairage (absence de métamérisme critique).
  • Le fini de surface : Le couchage baryté n'est jamais "miroir" comme un papier brillant bon marché. Il présente un lustre soyeux ou une texture satinée très fine qui rappelle les tirages à l'agrandisseur séchés à l'air libre.

Synthèse pour le choix du couchage

Type de CouchageType d'Encre recommandéeRendu VisuelRésistance mécanique
MicroporeuxPhoto Black (PK)Brillant / Satiné / ContrastéÉlevée
Mat (Pore ouvert)Matte Black (MK)Velouté / Doux / ProfondFaible (marquage)
BarytéPhoto Black (PK)Éclat argentique / ReliefMoyenne


III. Analyse des Finitions

C'est ici que l'image rencontre la lumière. Chaque finition modifie la perception du contraste et de la saturation.


1. Les Papiers Brillants (Glossy)

Le brillant pur est conçu pour maximiser le Dmax (la densité de noir) et le Gamut (l'espace couleur).

  • Rendu : Les couleurs "pop", les noirs sont abyssaux. C'est le support de prédilection pour la photographie de mode, les paysages très saturés et les images "glacées".
  • Contrainte : Très sensible aux reflets directionnels et aux traces de doigts.

2. Les Papiers Barytés (Baryta)

Souvent confondus avec les brillants, ils sont techniquement très différents. Ils contiennent une couche de sulfate de baryum.

  • Rendu : Ils imitent les tirages argentiques traditionnels de chambre noire. Le blanc est plus crémeux, les noirs ont une profondeur organique. Contrairement au glossy plastique, le baryté présente souvent une texture de surface très fine et noble.
  • Usage : C'est le standard mondial pour le tirage de collection en Noir & Blanc.

3. Les Papiers Lustrés (Lustre)

Le lustré est le compromis parfait. Sa surface présente une texture légèrement perlée (type "peau d'orange").

  • Rendu : Il offre une saturation proche du brillant mais casse les reflets. Il masque les petites rayures et les empreintes digitales.
  • Usage : Mariage, reportage, scolaire. C'est le papier de production par excellence.

4. Les Papiers Satinés (Satin)

Le satiné est plus lisse que le lustré, avec un éclat plus discret.

  • Rendu : Il donne une sensation de douceur et de velouté. Il est particulièrement apprécié pour les portraits de studio et les expositions où l'éclairage n'est pas totalement contrôlé (car il gère mieux les reflets que le brillant).

5. Les Papiers Mats (Matte / Fine Art)

Ils ne possèdent aucune réflexion spéculaire.

  • Smooth (Lisse) : Idéal pour les détails fins et les rendus épurés.
  • Textured (Grainé) : Donne un aspect "dessin" ou "aquarelle". Le grain peut être très marqué (Torchon) ou subtil. Il ajoute une troisième dimension à l'image.

6. Le Canvas (Toile)

Le Canvas est un support hybride, tissé (généralement 350g à 450g).

  • Stabilité : Un bon canvas doit être "Acid Free" et posséder une trame régulière pour éviter les déformations lors de la mise sur châssis.
  • Finition : Indispensable de le vernir pour protéger les pigments, car la toile est un support "souple" qui travaille mécaniquement.

Une aparté sur l'importance du Dmax lors d'un tirage

1. La définition technique

Le Dmax est une valeur logarithmique qui mesure la quantité de lumière réfléchie par la zone la plus noire d'un tirage. Plus le chiffre est élevé, moins le papier réfléchit de lumière, et donc, plus le noir paraît "abyssal".

  • Un Dmax de 0.0 correspond à un blanc parfait (100 % de réflexion).
  • Un Dmax de 2.0 signifie que seulement 1 % de la lumière est réfléchie.
  • Un Dmax de 3.0 signifie que seulement 0,1 % de la lumière est réfléchie.

2. Pourquoi le papier est-il le facteur limitant ?

Même avec la meilleure imprimante du monde, c'est le papier qui décide du Dmax. Tout dépend de la manière dont la couche de réception retient les pigments en surface

  • Papiers Brillants / Barytés (Dmax élevé : ~2.4 à 2.8) : Les pigments restent "bloqués" dans une couche gélatineuse ou résineuse très lisse. La lumière n'est pas dispersée, le noir est profond et brillant.
  • Papiers Mats (Dmax plus faible : ~1.5 à 1.7) : La fibre de coton ou de cellulose absorbe une partie de l'encre. La surface étant plus rugueuse, la lumière est diffractée dans toutes les directions. Le noir paraît alors plus "gris anthracite" ou "charbonneux".

3. L'impact sur votre image

Le Dmax n'influence pas seulement les noirs, il définit le contraste global et l'étendue dynamique de votre tirage :

  • Un Dmax élevé permet de faire ressortir des détails infimes dans les zones d'ombre (gradation).
  • Il augmente la saturation perçue des couleurs (le gamut).


IV. La "Main" et le Grammage : La Physique du Support

Si la finition flatte l'œil, le grammage et la main sont les critères qui s'adressent au sens haptique (le toucher).


1. Le Grammage : La mesure de la densité

Le grammage s'exprime en grammes par mètre carré (g/m2). Contrairement à une idée reçue, le grammage n'indique pas directement l'épaisseur du papier, mais sa masse surfacique, voyons les différentes catégories de poids :

  • 170g à 230g (Papiers "Poster") : Ce sont des papiers légers. Ils sont parfaits pour des tirages de lecture ou des affiches destinées à être encadrées sous verre. En raison de leur finesse, ils peuvent "tuiler" (gondoler) si la charge d'encre est trop importante (notamment dans les aplats de noirs profonds).
  • 240g à 285g (Le standard professionnel) : La majorité des papiers photo "RC" (Resin Coated) se situent ici. C'est l'équilibre parfait entre souplesse et tenue. Ils passent facilement dans toutes les imprimantes de photo.
  • 300g à 350g (Le standard Fine Art) : C'est la catégorie reine pour le FineArt. À partir de 300g, le papier a une inertie physique. Il ne plie pas sous son propre poids et offre une résistance mécanique.
  • Au-delà de 350g (Papiers "Heavyweight") : Souvent des papiers 100% coton très texturés. Ils exigent souvent une insertion manuelle par le chemin arrière de l'imprimante (chargement à plat) car ils sont trop rigides pour s'enrouler autour des galets d'entraînement.

2. La "Main" du papier : La sensation d'épaisseur

La Main est le rapport entre l'épaisseur du papier (mesurée en microns µm) et son grammage.


Main = Épaisseur ( μm ) Grammage ( g / m 2 )

C'est ici que la magie opère. Deux papiers de 300g peuvent avoir une "main" totalement différente :

  • Une forte main : Le papier est épais, rigide et semble "léger" pour son volume. C'est le cas des papiers mats à base de coton. Ils ont beaucoup d'air entre les fibres, ce qui donne une sensation de matière noble et de robustesse.
  • Une faible main : Le papier est dense et fin. C'est souvent le cas des papiers barytés très calandrés (compressés). Ils sont lourds en main mais paraissent plus fins au toucher.


V. L'Optique : Blancheur et Azurants (OBA)

La blancheur est une composante technique majeure qui influence la dynamique de l'image et sa pérennité.


1. La Blancheur Naturelle vs La Blancheur Artificielle

Dans la fabrication du papier, le blanc pur n'existe pas naturellement.

  • Les fibres (Coton ou Alpha-cellulose) : Elles sont naturellement blanc cassé, crème ou ivoire.
  • Le traitement : Pour obtenir un papier plus blanc, les fabricants peuvent soit purifier davantage la fibre (ce qui a des limites physiques), soit ajouter des composants chimiques : les azurants optiques.

2. Qu'est-ce qu'un Azurant Optique (OBA) ?

Les OBA sont des molécules fluorescentes ajoutées au couchage du papier.

  • Leur fonctionnement : Ils absorbent les rayons ultraviolets (UV) invisibles de la lumière ambiante et les réémettent sous forme de lumière bleue visible.
  • L'effet visuel : Cette lumière bleue vient compenser le jaunissement naturel des fibres. Le papier paraît alors "plus blanc que blanc", avec un éclat froid et moderne.

3. Le problème de la durabilité (Le jaunissement)

Les azurants optiques sont des molécules instables.

  • Dégradation : Avec le temps et l'exposition à la lumière, les OBA finissent par perdre leur pouvoir fluorescent (ils "meurent").
  • Conséquence : Le papier perd son éclat bleuâtre et retrouve la couleur naturelle de sa fibre. Le tirage semble alors "jaunir" prématurément. Ce n'est pas le papier qui vieillit mal, c'est l'artifice chimique qui s'estompe.

4. OBA-Free : Le choix de la conservation

Les papiers dits "OBA-Free" (sans azurants) n'utilisent aucune chimie fluorescente.

  • Teinte : Ils ont souvent une teinte dite "Natural" (blanc naturel, blanc chaud).
  • Avantage : Ce qu'on voit le premier jour est ce que l'on verra dans 50 ans. La colorimétrie est stable. C'est le standard exigé par les musées pour garantir que l'équilibre des couleurs de l'œuvre ne bougera pas.

5. L'impact sur la gestion des couleurs (Métamérisme)

L'utilisation d'OBA complique la gestion des couleurs.

  • L'éclairage : Un papier chargé d'OBA changera d'aspect selon la source de lumière. Sous un néon riche en UV, il paraîtra très bleu ; sous une ampoule LED chaude (sans UV), il paraîtra plus terne.
  • Profils ICC : Les spectrophotomètres modernes intègrent des filtres "M1" pour mesurer correctement les papiers avec OBA, mais cela reste un défi pour obtenir une correspondance parfaite entre l'écran et le papier.

Synthèse : Comment choisir ?

Type de PapierRendu VisuelLongévitéUsage Recommandé
Avec OBA (Bright White)Blanc éclatant, froid, moderneMoyenne (évolution possible)Publicité, Mode, Tirages éphémères
Sans OBA (Natural White)Blanc chaud, crème, douxMaximale (stabilité totale)Portrait, Paysage, Vente d'art


VI. La Conservation "Archival" : Le Patrimoine

Entrer dans le domaine du "papier archival" (ou papier de conservation), c'est passer de la simple impression à la création d'un patrimoine. Le terme "archival" n'est pas qu'un argument marketing, c'est une promesse de stabilité chimique sur le très long terme.


Les Règles d'Or : Qu'est-ce qu'un papier "Archival" ?

Pour qu'un papier soit certifié de qualité archive (selon les normes ISO 9706 ou ISO 11108), il doit répondre à des critères physico-chimiques stricts :

  • Absence d'acide (Acid-Free) : Le pH du papier doit être neutre ou légèrement alcalin (entre 7.5 et 9). Un papier acide finit par s'autodétruire ("brûlure acide") et devient cassant.
  • Absence de Lignine : La lignine est le composant du bois qui fait jaunir le papier journal au soleil. Un papier archival utilise de l'alpha-cellulose pure ou du coton pour éliminer ce risque.
  • Réserve Alcaline : Le papier doit contenir une réserve (souvent du carbonate de calcium) pour neutraliser les polluants atmosphériques acides qui pourraient l'attaquer au fil des décennies.
  • Absence d'Azurants Optiques (OBA-Free) : C'est le critère le plus exigeant. Les azurants sont des molécules instables qui se dégradent avec le temps. Un papier archival "pur" utilise la blancheur naturelle de la fibre (souvent un blanc crème ou cassé).

Avantages

Le principal avantage est la longévité. Un tirage archival réalisé avec des encres pigmentaires peut durer plus de 100 ans, voire 200 ans s'il est conservé sous verre anti-UV. C'est l'assurance que votre œuvre restera identique pour les générations futures. Viens ensuite la richesse du papier, en effet ces papiers sont souvent moins "industriels". Ils offrent des textures plus riches (grain torchon, velouté) qui donnent une dimension tridimensionnelle à l'image.


Inconvénients : Les contraintes de l'excellence

La fragilité de surface, en effet contrairement aux papiers photo classiques (RC), les papiers archival n'ont pas de couche protectrice en plastique. La couche réceptrice d'encre est "à nu". Ils sont extrêmement sensibles aux rayures, aux éraflures et aux graisses cutanées. Le rendu des couleurs est également un facteur négatif, comme ils évitent les azurants optiques, ces papiers sont rarement "blanc bleu". Ils tirent vers le naturel. Cela peut être frustrant pour un photographe qui recherche un blanc pur et froid. De plus, le (profondeur des noirs) est souvent légèrement inférieur sur un papier mat archival par rapport à un papier brillant moderne.



VII. Fiche Synthétique: Papier Photo vs Papier Fine Art

CaractéristiquePapier Photo (RC)Papier Fine Art (Coton)
CompositionBase papier scellée sous polyéthylèneFibres pures de coton ou cellulose
ToucherSensation "plastique" lisseSensation organique, fibreuse
Longévité30-50 ans100-200 ans
Profondeur des noirsExcellente sur BrillantExceptionnelle sur Baryté, moindre sur Mat
PrixAbordableÉlevé
Usage typeBook, épreuves, grand publicExposition, vente d'art, musée


VIII. Fiche conseil : 3 Questions pour choisir son papier

En fait, il suffit de se poser 3 questions pour choisir son papier photo.

  • Mat ou Brillant : On filtre par la finition
  • Lisse ou Texturé : On filtre par la texture du papier
  • Froid, neutre ou chaud : On filtre par la blancheur du papier

Et enfin : En cas de doute ou à la recherche du moindre conseils : n'hésitez pas à appeler nos conseillés au 01 64 85 12 82.